Pourquoi je tiens plusieurs journaux (et ce qu’ils m’apportent)
J’ai toujours tenu un journal. Enfin… plusieurs, en réalité. Parce qu’aucun ne suffit à contenir tout ce que je veux écrire.
Il y a le journal intime, celui où je dépose mes émotions brutes, mes colères, mes élans de joie, mes contradictions. C’est un espace sans filtre, sans attente, un lieu où je peux être aussi vulnérable que nécessaire.
Il y a le carnet d’idées, rempli de phrases griffonnées à la volée, d’images que je ne veux pas perdre, de fragments qui pourraient devenir un jour le cœur d’une histoire. Ce n’est pas organisé, ce n’est pas joli. Mais c’est vivant, et parfois une seule ligne suffit à rallumer une envie d’écrire.
Il y a mes notes de travail, aussi. Celles que je prends pour le podcast, mais pas seulement. J’aime noter ce que les livres me font ressentir, ce qu’ils réveillent en moi. C’est ma manière de continuer la conversation avec un auteur, longtemps après avoir fermé son livre. Et puis j’ai commencé avec mon second roman à consigner dans un carnet distinct toutes mes remarques et difficultés concernant le périple de son écriture.
Il y a aussi celui que j’appelle mon journal de crise. Quand les émotions se bousculent et que je me sens perdre pied, perdre le contrôle. C’est une chose que j’ai appris pendant ma (longue) thérapie. Ma tendance naturelle devant les émotions qui me dépassent étant des les anesthésier aussi vite que possible et pas forcément de façon saine, les coucher sur le papier et leur donner un espace pour exister m’aide à ne pas perdre pied.
Et puis il y a les journaux de passage. Ceux que je commence parfois pour une période donnée : un voyage, un projet particulier, une saison de ma vie. Parfois ils s’arrêtent brusquement, parfois ils me suivent plus longtemps que prévu.
Tenir plusieurs journaux, ce n’est pas une question d’organisation. C’est une façon d’habiter ma vie avec plus de conscience. Chacun a sa voix, sa fonction, sa couleur. Ensemble, ils forment une mosaïque, une mémoire vivante. Vous l’aurez deviné, mon bureau ne manque pas de carnets. Et j’en ai toujours plusieurs en réserve, neufs, attendant leur tour.
Je crois que sans eux, je serais plus perdue. Ils sont mon ancrage. Ils me rappellent que ce que je vis, ce que je pense, ce que je ressens, mérite d’exister en dehors de moi. Et qu’un jour, peut-être, je relirai ces pages et j’y trouverai une vérité que je n’avais pas vue sur le moment.
Écrire dans mes journaux, ce n’est pas un exercice. Ce n’est pas du “contenu”. C’est un geste de soin. Une manière de me dire : je t’ai entendue, je t’ai lue, je t’ai reconnue.
Et rien que pour ça, ça en vaut la peine.
À très bientôt,
Votre Sam 🖋️