Les femmes qu’on a appris à être

Il y a la femme que je suis. Et il y a celle qu’on m’a appris à devenir. La différence est subtile. Mais elle est immense. On m’a appris à être douce. À ne pas hausser le ton. À comprendre avant même d’être comprise. On m’a appris que l’intelligence devait rester élégante. Que l’ambition devait être discrète. Que la colère était laide. On m’a appris que la patience était une vertu suprême. Que pardonner élevait. Que supporter rendait noble.

Alors j’ai appris. À faire de la place. À écouter longtemps. À attendre. À arrondir mes phrases pour ne pas blesser. À minimiser mes succès pour ne pas déranger. À réduire mes désirs pour rester aimable.

Ce n’était pas de la faiblesse. C’était de l’adaptation. On récompense les petites filles sages. On admire les femmes conciliantes. On tolère mal celles qui tranchent. Celles qui partent, même quand c’est pour survivre.

On nous veut lumineuses, mais pas brûlantes. Brillantes, mais pas dominantes. Sensuelles, mais pas souveraines. On applaudit notre résilience. On s’inquiète de notre puissance.

Alors certaines d’entre nous ont appris à se scinder. Une part douce. Une part affamée. Une part brillante. Une part contenue. Et cette tension fatigue. Elle fatigue dans le corps. Dans la voix. Dans les relations. Un jour, on se surprend à ne plus savoir ce qu’on veut vraiment. Est-ce mon désir ? Ou celui qu’on m’a appris à préférer ? Est-ce mon silence ? Ou celui qu’on m’a demandé de tenir ?

Il faut du courage pour désapprendre. Pour accepter d’être moins confortable. Moins arrangeante. Moins prévisible. Il faut du courage pour dire : je n’ai plus envie d’être la femme rassurante. Je veux être la femme entière. Entière avec ma douceur. Entière avec mon ambition. Entière avec ma sensualité. Entière avec ma colère.

On m’a appris à être aimable. J’apprends à être vraie. Et parfois, c’est moins gracieux. Mais c’est infiniment plus vivant.

À très bientôt, 

Votre Sam 🖋️

Photo de Good Faces sur Unsplash