Les mondes que l’on porte sous nos manteaux
Vous avez remarqué ? L’hiver a cette capacité étrange à rendre les gens plus opaques. Dans les rues, chacun avance emmitouflé, enveloppé dans un manteau qui protège autant qu’il cache. Mais sous cette épaisseur, il y a toujours un autre monde. Un monde intérieur, discret, intact, qui ne se voit pas, mais qui tient chaud de l’intérieur. Les manteaux ne couvrent pas seulement les corps : ils recouvrent les histoires en cours, les blessures qu’on soigne, les rêves qui résistent, les idées qui mijotent. Chacun avance avec son paysage secret, une sorte de territoire intérieur qui n’appartient qu’à lui. Il y a ceux qui portent sous leur manteau une…
L’amitié comme une lampe
Il existe des amitiés qui ne cherchent pas à rassurer, ni à caresser dans le sens du poil. Des amitiés qui ne sont pas douces comme des couvertures, mais franches comme de la lumière crue. Ma relation avec Laetitia fait partie de celles-là. Leti est solaire, sociale, expansive, là où d’autres reculent d’un pas, elle avance de deux. Elle observe avec une précision déconcertante, rit franchement, parle net, et possède cette qualité rare : mêler douceur et honnêteté. C’est peut-être pour ça que cette amitié dure : elle ne se contente pas de réconforter, elle pousse aussi, sans ménagement, quand c’est nécessaire. Depuis des années, il y a ce…
Café Classique prend part au Podcasthon 2026
🎧🌍 Rejoignez le mouvement ! Cette année, je suis fière de participer au Podcasthon, le plus grand événement caritatif de podcasts au monde ! 💪 Je consacrerai un épisode de mon podcast pour soutenir une association caritative et une cause qui compte vraiment pour moi. ❤️ Restez à l’écoute pour un contenu inspirant – et faisons la différence ensemble ! Pour tout savoir sur le Podcasthon, c’est ici : 👉🏻 https://podcasthon.org/fr/about
Les heures blanches
Il existe, au cœur de l’hiver, des heures qui ne ressemblent à aucune autre. Des heures où le monde s’éclaircit d’un coup, sans que le soleil y soit pour grand-chose. Une blancheur étrange, douce, presque sourde, qui s’installe entre le jour et la nuit comme un drap posé sur toutes choses. Dans ces moments-là, tout ralentit. Les voix deviennent plus discrètes, les gestes plus attentifs. On dirait que le froid oblige chacun à mesurer ses mouvements, à choisir ce qui compte vraiment. L’air semble plus épais, comme s’il fallait le traverser en douceur pour ne pas casser la lumière. Les heures blanches ne sont jamais tout à fait tranquilles.…
Café Classique : Le programme de 2026 est prêt !
Il y a des saisons qui se préparent comme des parfums, couche après couche. 2026 sera de celles-là. La liste des œuvres de l’année prochaine pour Café Classique est enfin arrêtée : cinquante-deux textes, un par semaine, qui formeront un chemin à travers trois siècles d’écriture, de continents, d’ombres et de révélations. Je ne dévoile pas tout : ce serait rompre le charme. Mais voici, mois par mois, la couleur du voyage : • Janvier ouvrira sur des voix fondatrices : un philosophe rebelle du XVIᵉ siècle, un grand roman d’apprentissage, un souffle romantique venu de très loin. • Février sera le mois des amours impossibles, des passions qui dévorent et des jeunes héros qui…
La vie que je vis quand je ne dis rien.
Je l’ai déjà dit, je suis une maniaque des carnets, des journaux. Mais qu’est-ce que j’écris dedans ? Il y a d’abord la vie visible, celle qu’on raconte : les rendez-vous, les courses, les repas, les mots échangés pour remplir les heures. Et puis, surtout, il y a l’autre : celle qui se déroule sans bruit, à l’intérieur, comme un film qu’on regarde seul. C’est là que tout se passe vraiment. Pendant que le corps s’affaire, l’esprit vagabonde ailleurs : dans une phrase qu’on n’a pas dite, dans un souvenir qui insiste, dans un monde inventé pour tenir debout, dans des plans flous qui s’échafaudent, ou s’écroulent. La vie…
Changer sans bruit.
Il n’y a pas toujours de signe avant-coureur. Parfois, le changement commence sans prévenir, comme un lent déplacement du sol sous les pas. Rien de visible. Rien de spectaculaire. Juste une autre manière de respirer. Les grands bouleversements font du bruit ; les vrais, non. Ils se tissent dans les heures silencieuses, dans les gestes répétés, dans la fatigue qu’on ne commente plus. Un matin, on s’aperçoit qu’on ne pense plus tout à fait pareil, qu’un mot qu’on aimait s’est éteint, qu’une peur ancienne ne mord plus. Changer sans bruit, c’est laisser le temps travailler à notre place. C’est comprendre que l’identité ne se retourne pas d’un coup, mais…
Nous n’habitons plus les mêmes phrases.
Au début, tout brûle : les gestes, les voix, la moindre hésitation devient étincelle. Deux êtres se parlent dans une langue qu’eux seuls comprennent, une grammaire née de la fusion, du vertige et du hasard. Puis, un jour, cette langue se fissure. Les mots se désaccordent. Les phrases qui autrefois portaient la chaleur ne diffusent que douleur et chagrin. On continue de parler, mais le souffle n’y est plus, comme des acteurs récitant un texte dont ils ont oublié le rôle. Ou alors, on ne parle plus du tout, et les abîmes se creusent au milieu de poitrines déchirées. Parce que l’amour, quand il s’éteint, ne disparaît pas immédiatement…
Le bruit de la pluie sur les carreaux.
Il pleut depuis ce matin. Pas la grosse pluie d’orage, non, celle qui s’installe doucement, sans prévenir, comme si elle voulait rester un moment. Les gouttes glissent le long des vitres, se croisent, se perdent. Et moi, je les regarde filer sans trop savoir à quoi je pense. Le monde dehors s’est un peu effacé. Tout semble ralenti, feutré, comme s’il fallait chuchoter pour ne pas troubler quelque chose. Je crois que j’aime ça : cette façon qu’a la pluie de mettre les gens à distance, de tout ramener à l’essentiel : une tasse chaude, une lampe allumée, le bruit du ciel sur le verre. Quand j’étais petite, j’imaginais…
Lettre à toi qui viens de tout effacer…
Tu as tout supprimé, pas vrai ? Le chapitre que tu avais mis une semaine à écrire. Le roman inachevé. Le fichier “versionfinaleV6dernierdefinitif”. Tu as relu. Tu as jugé. Tu as cliqué sur Supprimer. Et maintenant tu regardes le vide, le ventre noué, en pensant que c’était mieux comme ça. Alors cette lettre est pour toi. Pas pour te rassurer. Pour te rappeler ce que tu viens de faire. Et pourquoi tu vas devoir recommencer. Bravo. Tu viens d’accomplir un petit meurtre. Et comme tous les crimes, il avait ses raisons : trop moche, trop plat, trop nul. Trop toi. Tu as cru faire place nette. En réalité, tu as juste…