Dans la gueule du texte : un duel sans verbe d’état
Parfois, les mots les plus simples deviennent les plus paresseux. Être. Devenir. Rester. On les convoque comme des béquilles pour dire ce qu’on n’ose pas vraiment montrer. Alors ce défi m’a obligée à dégager les béquilles et marcher toute seule. À recréer le réel par les nerfs, le souffle, la chair. Aucun verbe d’état. Aucun raccourci. Juste deux anciens amants, face à face, dans l’instant suspendu d’un adieu qu’on n’arrive pas à faire proprement. L’odeur du café froid. La table encore encombrée. Une cuillère tremble dans une tasse oubliée.Il se lève, lentement. Règle la distance entre eux d’un pas sec.— Tu n’as pas répondu.Sa voix racle. Il n’y met rien. Aucun reproche.…