Sam Zaenker

Changer sans bruit.

Il n’y a pas toujours de signe avant-coureur.

Parfois, le changement commence sans prévenir, comme un lent déplacement du sol sous les pas. Rien de visible. Rien de spectaculaire. Juste une autre manière de respirer.

Les grands bouleversements font du bruit ; les vrais, non. Ils se tissent dans les heures silencieuses, dans les gestes répétés, dans la fatigue qu’on ne commente plus.

Un matin, on s’aperçoit qu’on ne pense plus tout à fait pareil, qu’un mot qu’on aimait s’est éteint, qu’une peur ancienne ne mord plus.

Changer sans bruit, c’est laisser le temps travailler à notre place. C’est comprendre que l’identité ne se retourne pas d’un coup, mais s’effiloche doucement avant de se réécrire. C’est survivre à soi-même avec une sorte de douceur tranquille.

Les autres ne voient rien, ou presque. Ils parlent encore à l’ancien visage, continuent d’attendre les anciennes réponses. Mais à l’intérieur, quelque chose s’est déplacé : un centre, une direction, parfois juste une nuance.

Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre. Plutôt d’apprendre à habiter sa propre évolution. De ne pas s’excuser d’avoir changé de rythme, de goût, de silence.

Changer sans bruit, c’est peut-être la seule façon de ne pas casser ce qu’on quitte. C’est avancer sans effrayer personne, sans rompre le fil, sans gestes brusques. C’est s’accorder enfin avec ce qu’on devient, et le faire à voix basse, comme un secret bien gardé entre soi et le monde.

Car tout changement véritable est une forme d’amour discret : une main posée sur l’épaule du passé, un merci sans regret, puis un pas vers ce qui commence à peine à se dessiner.

Il n’y a pas de tonnerre, pas d’ombre, pas d’adieu. Seulement une lumière plus douce, un souffle plus clair.

Et cette phrase, qu’on se dit sans la dire : je ne suis plus la même, et c’est très bien ainsi.

Parce qu’on change un peu chaque jour, et qu’au moment où vous lisez ceci, cette version de moi n’existe déjà plus tout à fait.

À très bientôt, 

Votre Sam 🖋️

Photo de Martin Martz sur Unsplash