Dans la gueule du texte : un duel sans verbe d’état
Parfois, les mots les plus simples deviennent les plus paresseux.
Être. Devenir. Rester.
On les convoque comme des béquilles pour dire ce qu’on n’ose pas vraiment montrer.
Alors ce défi m’a obligée à dégager les béquilles et marcher toute seule. À recréer le réel par les nerfs, le souffle, la chair.
Aucun verbe d’état. Aucun raccourci.
Juste deux anciens amants, face à face, dans l’instant suspendu d’un adieu qu’on n’arrive pas à faire proprement.
L’odeur du café froid. La table encore encombrée. Une cuillère tremble dans une tasse oubliée.
Sam Zaenker
Il se lève, lentement. Règle la distance entre eux d’un pas sec.
— Tu n’as pas répondu.
Sa voix racle. Il n’y met rien. Aucun reproche. Aucun pardon non plus.
Elle enlève son manteau. L’accroche à la chaise. Elle n’a pas froid. Pas encore.
— Je n’ai rien su dire.
Ses mains glissent sur le dossier, s’y accrochent, crispées. Les veines ressortent.
Il la regarde. Longtemps.
Le silence s’installe. D’abord comme une gêne. Puis comme une gifle.
— J’ai attendu.
Il ne crie pas. Il pèse chaque mot. Il construit une muraille avec des pierres lourdes et douces.
Elle baisse les yeux. Fuit ses prunelles. Elle sait ce qu’il dirait si la nuit n’étouffait pas les phrases.
— Tu n’étais plus là.
— Je suis revenue.
— Trop tard.
Il recule. Une fois. Deux. Elle ne bouge pas.
Le vent passe sous la porte. Soulève un papier au sol.
Il se penche. Le ramasse. Le froisse.
— Garde-le.
Il tend le poing fermé. Puis ouvre la main. Une photo. Un post-it. Un reste de ce qu’ils furent.
Elle ne prend rien.
Il la contourne. Ouvre la porte.
Le froid les sépare. Un pas de trop.
Elle sort.
Il referme.
Ce texte m’a surprise.
En retirant les verbes d’état, j’ai découvert les muscles du langage, les petites tensions du quotidien qui racontent plus qu’une envolée lyrique.
Chaque geste devenait signifiant. Chaque silence prenait de la place.
Et soudain, le drame passait dans les détails : une tasse, un manteau, un regard.
Je me suis sentie étrangère à mes propres phrases, au début. Puis j’ai compris que c’était bon signe.
Parfois, pour écrire juste, il faut écrire contre soi.
À très bientôt,
Votre Sam 🖋️