Nous n’habitons plus les mêmes phrases.
Au début, tout brûle : les gestes, les voix, la moindre hésitation devient étincelle.
Deux êtres se parlent dans une langue qu’eux seuls comprennent, une grammaire née de la fusion, du vertige et du hasard.
Puis, un jour, cette langue se fissure. Les mots se désaccordent.
Les phrases qui autrefois portaient la chaleur ne diffusent que douleur et chagrin.
On continue de parler, mais le souffle n’y est plus, comme des acteurs récitant un texte dont ils ont oublié le rôle. Ou alors, on ne parle plus du tout, et les abîmes se creusent au milieu de poitrines déchirées.
Parce que l’amour, quand il s’éteint, ne disparaît pas immédiatement : il laisse derrière lui une architecture encore debout, mais inhabitée, si ce n’est par des vents douloureux.
Les regards traversent les pièces sans s’y poser. Les gestes se font polis, exacts, mais sans élan.
Les souvenirs, eux, continuent d’irradier, rappelant ce qu’a été la brûlure originelle, et cultivant une nostalgie toxique.
Ce qui fut volcan devient glace, puis pierre.
Et dans cette solidification, il y a quelque chose de juste : la matière du passé se dépose, forme un relief, une mémoire. Une aspérité où l’on passe la main parfois sans même y penser, oubliant qu’elle pique encore.
On ne vit plus dans la même phrase, ni dans la même époque intérieure.
Chacun emporte la sienne, un fragment de la langue commune, qu’il continue de parler seul, à voix basse, sans destinataire.
Peut-être que c’est cela, aimer vraiment : accepter que toute fusion porte en elle sa séparation,
et que la beauté du feu ne se mesure pas à sa durée, mais à la lumière qu’il laisse sur les ruines.
À très bientôt,
Votre Sam 🖋️
Photo de Pierre Bamin sur Unsplash