La vie que je vis quand je ne dis rien.
Je l’ai déjà dit, je suis une maniaque des carnets, des journaux. Mais qu’est-ce que j’écris dedans ? Il y a d’abord la vie visible, celle qu’on raconte : les rendez-vous, les courses, les repas, les mots échangés pour remplir les heures. Et puis, surtout, il y a l’autre : celle qui se déroule sans bruit, à l’intérieur, comme un film qu’on regarde seul. C’est là que tout se passe vraiment. Pendant que le corps s’affaire, l’esprit vagabonde ailleurs : dans une phrase qu’on n’a pas dite, dans un souvenir qui insiste, dans un monde inventé pour tenir debout, dans des plans flous qui s’échafaudent, ou s’écroulent. La vie…
Changer sans bruit.
Il n’y a pas toujours de signe avant-coureur. Parfois, le changement commence sans prévenir, comme un lent déplacement du sol sous les pas. Rien de visible. Rien de spectaculaire. Juste une autre manière de respirer. Les grands bouleversements font du bruit ; les vrais, non. Ils se tissent dans les heures silencieuses, dans les gestes répétés, dans la fatigue qu’on ne commente plus. Un matin, on s’aperçoit qu’on ne pense plus tout à fait pareil, qu’un mot qu’on aimait s’est éteint, qu’une peur ancienne ne mord plus. Changer sans bruit, c’est laisser le temps travailler à notre place. C’est comprendre que l’identité ne se retourne pas d’un coup, mais…
Nous n’habitons plus les mêmes phrases.
Au début, tout brûle : les gestes, les voix, la moindre hésitation devient étincelle. Deux êtres se parlent dans une langue qu’eux seuls comprennent, une grammaire née de la fusion, du vertige et du hasard. Puis, un jour, cette langue se fissure. Les mots se désaccordent. Les phrases qui autrefois portaient la chaleur ne diffusent que douleur et chagrin. On continue de parler, mais le souffle n’y est plus, comme des acteurs récitant un texte dont ils ont oublié le rôle. Ou alors, on ne parle plus du tout, et les abîmes se creusent au milieu de poitrines déchirées. Parce que l’amour, quand il s’éteint, ne disparaît pas immédiatement…
Le bruit de la pluie sur les carreaux.
Il pleut depuis ce matin. Pas la grosse pluie d’orage, non, celle qui s’installe doucement, sans prévenir, comme si elle voulait rester un moment. Les gouttes glissent le long des vitres, se croisent, se perdent. Et moi, je les regarde filer sans trop savoir à quoi je pense. Le monde dehors s’est un peu effacé. Tout semble ralenti, feutré, comme s’il fallait chuchoter pour ne pas troubler quelque chose. Je crois que j’aime ça : cette façon qu’a la pluie de mettre les gens à distance, de tout ramener à l’essentiel : une tasse chaude, une lampe allumée, le bruit du ciel sur le verre. Quand j’étais petite, j’imaginais…
Animal d’automne : quand la saison nourrit mon inspiration
Je crois que la créativité a ses saisons. Comme un arbre qui change avec le temps, j’ai des périodes où je m’élance, d’autres où je me recroqueville, certaines où je semble endormie, mais en réalité je prépare autre chose. L’été, par exemple, m’épuise. Je ne vais pas mentir, c’est la saison que j’aime le moins. La chaleur me colle à la peau, m’alourdit, m’assomme. J’ai l’impression que mon énergie se dissout dans l’air brûlant. J’écris moins, ou du moins j’écris plus difficilement. Comme si chaque phrase demandait un effort surhumain. Et puis c’est la période des vacances, alors moi aussi je ralentis mon rythme. Puis vient l’automne. Et là,…
Comment trouver la force d’écrire quand personne ne lit vos textes
Il m’arrive parfois de me demander : à quoi bon écrire, si personne ne lit ? C’est une question qui ronge plus d’un écrivain, surtout à l’heure des réseaux, où chaque texte semble valoir uniquement par le nombre de clics, de cœurs, de partages. La vérité, c’est que la plupart du temps, on écrit dans le silence. On se donne, on se dépouille, et le monde continue sans nous. Pas d’ovation, pas de tonnerre. À peine un frisson, parfois même rien. Et pourtant… j’écris. J’écris parce que c’est ce que je suis. Pas pour être aimée, pas pour être applaudie. J’écris parce que si je n’écrivais pas, je ne…
Lettre à toi qui crois que tout a déjà été écrit.
Tu lis les chefs-d’œuvre. Tu ouvres des livres comme on entre dans des cathédrales. Tu te tiens droit, petit, admiratif, et tu murmures : À quoi bon ? Tu vois les grandes phrases. Les styles parfaits. Les histoires qui touchent au divin. Et tu crois qu’il ne reste plus rien. Mais tu te trompes. Ce n’est pas la nouveauté qu’on cherche. C’est toi. Ta voix. Ton regard. Ce que tu es seul.e à porter. À toi qui baisses les yeux devant les géants,Tu crois que tout a été dit.Que chaque histoire d’amour a déjà été racontée.Chaque trahison. Chaque fuite. Chaque renaissance.Tu as raison.Mais tu oublies une chose : pas par toi.Aucun autre…
Lettre à toi qui confonds perfection et sincérité.
Tu réécris la même phrase vingt fois. Tu coupes. Tu reprends. Tu hésites sur un adjectif pendant une heure. Tu veux bien faire. Tu veux que ce soit beau, fort, irréprochable. Tu crois qu’il faut que ce soit parfait pour être vrai. Mais si tu continues comme ça, tu vas étouffer ton texte dans son berceau. Alors cette lettre, c’est un rappel. Une claque douce. Une vérité que j’ai appris à coups de ratés. À toi qui pèses chaque mot comme s’il allait être gravé sur ta tombe,J’ai une mauvaise nouvelle : tu ne pourras jamais écrire quelque chose d’universel en essayant d’être parfait.Tu n’es pas une machine à chef-d’œuvre.…
Lettre à toi qui ne crois pas mériter d’écrire
Il y a des jours où on se demande ce qu’on fout là. Devant une page blanche, avec cette sensation de fraude collée à la peau comme une moisissure silencieuse. On se dit que les autres sont meilleurs, plus clairs, plus doués. Qu’on n’a rien d’un écrivain, rien d’important à dire. Alors cette semaine, j’écris à celui ou celle qui doute. Qui n’ose pas. Qui croit ne pas mériter. À toi qui écris dans l’ombre, Peut-être que tu penses que c’est un jeu d’adultes, cette affaire de romans. Que les vrais écrivains ont des diplômes, des rituels, des étagères pleines de chefs-d’œuvre annotés. Peut-être que tu te dis que…
Délicat: Et vous, vous faites quoi, à part écrire ?
La vie secrète des écrivains quand ils ne sont pas en train de noircir des pages Il y a des phrases qui reviennent comme un refrain, toujours un peu décalé, toujours un peu piquant. Des phrases simples, anodines en apparence, mais qui grattent doucement l’intérieur. Celle-ci en fait partie : « Et vous, vous faites quoi, à part écrire ? » On la reçoit souvent quand on dit qu’on est écrivain. Elle arrive après un blanc, un sourire poli, un petit temps de flottement. Parfois sincère, parfois condescendante, parfois juste maladroite. Mais elle est là. Et elle dit, sans le dire : Écrire, ce n’est pas vraiment un métier.…