Sam Zaenker

Ce que 2025 n’a pas réussi à me prendre

Chaque année laisse des traces. Des cicatrices qu’on ne montre pas, des épuisements qu’on devine, des rêves qu’on a dû remettre sur une étagère un peu trop haute.

On se dit que c’est le jeu, que le temps use, que la vie secoue, que personne n’en sort indemne. Et c’est vrai. Mais l’année n’a pas tout pris. Elle n’a jamais ce pouvoir-là.

Il y a d’abord ce qui a résisté sans faire de bruit : une part de soi qui a refusé de se courber, même quand l’élan manquait. Cette petite braise intérieure qu’aucune fatigue, aucun blizzard n’a réussi à étouffer, et qui continue de dire : encore.

Il y a aussi les liens qui ont tenu, même quand ils auraient pu lâcher. Les regards sincères, les phrases GPS qu’on a suivies dans le brouillard. Les gens qui ne sont pas partis, même quand on a tout fait pour les chasser. Ceux qui sont revenus, alors qu’on les croyait perdus à jamais. Ceux qui ont vu clair, qui ont dit la vérité, qui ont accompagné sans drame. Ces présences-là, aucune année ne les enlève : elles s’ancrent.

Et puis il y a le courage discret. Celui qu’on ne célèbre jamais. Celui des matins où on s’est levé alors que rien ne répondait, simplement parce qu’au final, rien ne nous force à quitter le duvet.

Celui des décisions minuscules qui ont tout changé : dire non, dire oui, dire “je continue”, dire “je me protège”. Ce courage-là a survécu. Il n’a pas flambé, il a tenu, même en vacillant.

C’est plus grand encore. Et bien sûr, il reste aussi les mots. Les millions qu’on a écrits, ceux qu’on n’a pas osé écrire, ceux qui se préparaient dans l’ombre. Une année ne peut rien contre une phrase qui attend. Contre un projet qui respire sous la surface. Contre un désir qui refuse de mourir. Comme un amour dont le coeur palpite encore comme un oiseau affolé au creux d’une main.

Et il y a, enfin, ce que personne ne voit : la part de soi plus souple, plus lucide, plus exigeante. La part qui a appris, sans bruit, à reconnaître ce qui compte, à lâcher ce qui blesse, à avancer autrement, à se connaitre encore un peu mieux.

L’année a peut-être secoué. En tous les cas, moi, elle m’a secouée. Elle a mordu, fatigué, dispersé. Mais elle n’a pas réussi à tout prendre. Il reste l’élan, la densité, les liens vrais, les projets qui s’affûtent, les mondes intérieurs qu’elle n’a pas atteints, et cette façon nouvelle de marcher dans mes jardins secrets : un peu plus droite, un peu plus libre.

Le reste, tout le reste, appartient déjà à l’année suivante. Et j’ai hâte de l’entamer.

À très bientôt, 

Votre Sam 🖋️