Les heures blanches
Il existe, au cœur de l’hiver, des heures qui ne ressemblent à aucune autre.
Des heures où le monde s’éclaircit d’un coup, sans que le soleil y soit pour grand-chose. Une blancheur étrange, douce, presque sourde, qui s’installe entre le jour et la nuit comme un drap posé sur toutes choses.
Dans ces moments-là, tout ralentit. Les voix deviennent plus discrètes, les gestes plus attentifs. On dirait que le froid oblige chacun à mesurer ses mouvements, à choisir ce qui compte vraiment.
L’air semble plus épais, comme s’il fallait le traverser en douceur pour ne pas casser la lumière. Les heures blanches ne sont jamais tout à fait tranquilles.
Elles contiennent un éclat de lucidité, une clarté qui met à nu des pensées qu’on garde d’habitude bien au chaud. C’est souvent dans ces lumières pâles qu’on se surprend à repenser à quelque chose d’inachevé, à quelqu’un qu’on croyait avoir rangé depuis longtemps, à une phrase qui revient frapper contre la vitre intérieure.
Mais l’hiver ne juge pas. Il accueille. Il enveloppe. Il laisse place à tout ce qui tremble encore, tout ce qui hésite, tout ce qui ne sait pas très bien où se poser.
Il y a une beauté particulière à marcher dans un paysage à moitié effacé. On avance dans un jour qui ne crie rien, qui ne réclame rien, qui accepte simplement qu’on soit là : un être humain un peu fatigué, un peu clairvoyant, un peu plus vrai que d’habitude.
Les heures blanches rappellent que le calme n’est pas une faiblesse, que la lenteur n’est pas un renoncement. Elles déposent sur la peau une douceur froide, une honnêteté lucide.
Et lorsque la nuit finit par tomber, brusquement, comme toujours en décembre, il reste dans l’air une trace de cette lumière pâle, comme un secret silencieux entre l’hiver et nous.
À très bientôt,
Votre Sam 🖋️
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