Les mondes que l’on porte sous nos manteaux
Vous avez remarqué ? L’hiver a cette capacité étrange à rendre les gens plus opaques.
Dans les rues, chacun avance emmitouflé, enveloppé dans un manteau qui protège autant qu’il cache. Mais sous cette épaisseur, il y a toujours un autre monde. Un monde intérieur, discret, intact, qui ne se voit pas, mais qui tient chaud de l’intérieur.
Les manteaux ne couvrent pas seulement les corps : ils recouvrent les histoires en cours, les blessures qu’on soigne, les rêves qui résistent, les idées qui mijotent. Chacun avance avec son paysage secret, une sorte de territoire intérieur qui n’appartient qu’à lui.
Il y a ceux qui portent sous leur manteau une tristesse qu’ils apprivoisent. D’autres transportent un espoir obstiné, une idée lumineuse qui ne demande qu’à éclore. Certains marchent avec le poids d’un silence trop long, d’autres avec une joie qu’ils n’osent pas encore nommer.
Et puis il y a les mondes imaginaires : ceux faits de phrases qu’on n’a pas encore écrites, de personnages encore muets qui nous suivent en silence, de possibilités qu’on retourne dans tous les sens, comme des pierres lisses dans une poche.
Les manteaux d’hiver gardent plus de secrets qu’ils n’ont de coutures. Parfois, en observant les passants, on devine des fuites de lumière. Un regard rêveur, un sourire discret, une manière d’accélérer ou de ralentir sans raison apparente. C’est là que les mondes intérieurs transparaissent, dans ces gestes minuscules qui échappent au contrôle.
L’hiver, en vérité, n’est pas une saison morte. C’est une saison de gestation. Ce qui dort dehors travaille dedans. Et je ne fais pas exception à la règle. Moi aussi, je balade avec moi mes mondes à venir, ceux qui n’ont pas encore trouvé le chemin de la page, mais qui vivent déjà, un peu.
Les gens passent, pressés, silencieux. Mais chacun porte sur lui quelque chose de fragile et d’invisible, une part de soi qu’on protège contre le froid, contre le bruit, contre les regards. Une part qu’on ne lâchera pas.
Les manteaux d’hiver sont lourds. Mais les mondes qu’ils dissimulent sont bien plus vastes.
À très bientôt,
Votre Sam 🖋️
Photo de Christian Agbede sur Unsplash