Pourquoi je ne parle pas de tout.
On me demande parfois si je dis « vraiment » tout. La réponse est non, bien entendu. Mais pourquoi certaines choses restent-elles hors champ ? Pourquoi je ne raconte pas davantage, pourquoi je ne détaille pas, pourquoi je ne “partage” pas plus.
La question est rarement agressive. Elle est souvent teintée de curiosité, parfois même d’une forme d’attente affectueuse. Comme si parler de tout était la preuve ultime de la sincérité.
Mais j’ai appris une chose avec le temps : tout dire n’est pas dire vrai. Il existe une confusion tenace entre transparence et justesse. Entre exposition et profondeur. Entre sincérité et mise à nu.
Je parle beaucoup, pourtant. J’écris. Je publie. Je lis à voix haute. J’analyse des œuvres, je mets des mots sur ce qui traverse, ce qui résiste, ce qui obsède. Et que je veuille ou non, une grande partie de moi-même s’insinue dans ces créations. Mais, oui, je choisis ce que je rends visible. Toujours.
Non par stratégie. Par nécessité. Certaines choses perdent leur densité dès qu’on les expose trop tôt. Certaines pensées ont besoin d’ombre pour se former. Certains sentiments se déforment dès qu’ils sont regardés de trop près.
Et puis il y a ce que je protège volontairement. Des zones intimes qui ne demandent pas à être expliquées. Des relations qui n’ont rien à gagner à devenir narratives. Des émotions encore trop vivantes pour supporter le regard extérieur.
Écrire, et parler, demande une forme de pudeur. Pas la pudeur qui cache, mais celle qui choisit. Celle qui sait que tout n’est pas matériau. Et que tout ne doit pas le devenir.
Je ne crois pas à l’idée selon laquelle un·e écrivain·e devrait tout transformer en texte. Je crois, au contraire, que l’écriture se nourrit aussi de ce qu’elle laisse intact. De ce qu’elle observe sans capturer. De ce qu’elle garde pour plus tard… ou pour jamais.
Dire moins, parfois, permet de dire mieux. Garder le silence à certains endroits rend la parole plus juste ailleurs. Laisser la place à l’interprétation, à l’imagination. C’est une question d’équilibre. Et de respect.
Alors non, je ne parle pas de tout. Je parle de ce qui peut être porté par les mots sans être trahi. De ce qui gagne à être partagé. De ce qui résonne au-delà de moi.
Le reste n’est pas un manque. C’est un espace vivant. Et j’y tiens.
À très bientôt,
Votre Sam 🖋️
Photo de Kristina Flour sur Unsplash