Écrire quand on ne vit pas seul.
On imagine souvent l’écriture comme une activité solitaire, presque monastique. Une table, du silence, du temps étiré. La réalité est souvent plus… sonore.
Quand on ne vit pas seul, écrire devient une négociation permanente. Avec l’espace. Avec le bruit. Avec la parole de l’autre, qui surgit, insiste, commente, raconte.
Parfois sans s’en rendre compte. Parfois sans pouvoir s’arrêter. Il ne s’agit pas de reproche. La plupart du temps, l’autre ne fait rien de mal. Il parle parce qu’il est là. Parce qu’il vit. Parce qu’il existe dans le même espace. Nous sommes des êtres sociaux après tout, non ?
Mais écrire demande autre chose. Une disponibilité intérieure fragile. Un fil qu’on tient à deux doigts, et qui se rompt facilement. Il y a cette fatigue particulière à devoir sans cesse replonger. À reconstruire le silence après chaque interruption. À se demander si l’on peut demander le calme, et à quel prix.
Car demander le silence, c’est parfois demander trop. C’est risquer d’être perçue comme distante, excessive, ingrate. C’est expliquer encore et encore que non, ce n’est pas “juste écrire”, aligner des mots. Que c’est un travail. Un état. Une concentration. Un moment de création.
J’ai longtemps cru qu’il fallait s’adapter. Faire avec. Écrire dans les interstices. Être reconnaissante d’avoir “quand même” du temps.
Puis j’ai compris que l’écriture ne survit pas éternellement aux miettes. Qu’elle a besoin d’espace clair, identifié, assumé. Pas forcément du silence absolu, mais du respect.
Vivre à deux, ou à plusieurs, demande des ajustements. Écrire aussi. Cela suppose de dire : j’ai besoin de ça. Sans justification excessive. Sans culpabilité.
Ce n’est pas refuser l’autre. C’est préserver un lieu intérieur. Un lieu qui, paradoxalement, rend la présence plus juste ensuite.
Écrire quand on ne vit pas seul, ce n’est pas impossible.
Mais cela demande une chose essentielle : oser nommer ce qui est nécessaire. Le silence n’est pas une absence. C’est une condition.
À très bientôt,
Votre Sam 🖋️
Photo de Becomes Co sur Unsplash