Lettre à toi qui viens de tout effacer…
Tu as tout supprimé, pas vrai ? Le chapitre que tu avais mis une semaine à écrire. Le roman inachevé. Le fichier “versionfinaleV6dernierdefinitif”. Tu as relu. Tu as jugé. Tu as cliqué sur Supprimer. Et maintenant tu regardes le vide, le ventre noué, en pensant que c’était mieux comme ça. Alors cette lettre est pour toi. Pas pour te rassurer. Pour te rappeler ce que tu viens de faire. Et pourquoi tu vas devoir recommencer. Bravo. Tu viens d’accomplir un petit meurtre. Et comme tous les crimes, il avait ses raisons : trop moche, trop plat, trop nul. Trop toi. Tu as cru faire place nette. En réalité, tu as juste…
Lettre d’une Étoile Éteinte
Il y a des morts qui ne meurent jamais. Des voix qui restent accrochées entre deux silences, comme un collier qu’on ne retire jamais, même la nuit. Elle, c’était mon Nord. Pas la douceur mièvre. La force. L’aiguille droite. Je l’ai perdue à vingt-cinq ans, mais elle me parle encore. Je n’avais pas écrit pour elle. C’était trop grand. Trop intime. Trop pur. Et puis aujourd’hui, j’ai laissé couler cette lettre. Je ne sais pas si c’est sa voix. Mais c’est ce qu’elle aurait pu dire. Ce qu’elle me dit encore. À sa manière.
Lettre à toi qui ne crois pas mériter d’écrire
Il y a des jours où on se demande ce qu’on fout là. Devant une page blanche, avec cette sensation de fraude collée à la peau comme une moisissure silencieuse. On se dit que les autres sont meilleurs, plus clairs, plus doués. Qu’on n’a rien d’un écrivain, rien d’important à dire. Alors cette semaine, j’écris à celui ou celle qui doute. Qui n’ose pas. Qui croit ne pas mériter. À toi qui écris dans l’ombre, Peut-être que tu penses que c’est un jeu d’adultes, cette affaire de romans. Que les vrais écrivains ont des diplômes, des rituels, des étagères pleines de chefs-d’œuvre annotés. Peut-être que tu te dis que…
Parfois, écrire, c’est reprendre ce qu’on nous a arraché. Mot par mot.
💬 Ce que ça m’a fait d’écrire ça J’ai tremblé. Pas pendant l’écriture. Après. Parce que ce n’est pas vraiment une fiction. Pas vraiment la réalité non plus. Parce que j’ai tenté de dire l’indicible sans lyrisme inutile. Et parce que j’ai failli supprimer ce texte. Encore. Écrire cette scène, c’était comme retourner dans une maison en feu pour récupérer un bijou brisé : inutile, peut-être, mais nécessaire. Je l’ai écrite parce que je suis fatiguée qu’on me dise que “les mères font de leur mieux.” Certaines font de leur pire. Et apprennent à leurs filles de faire de même. Et ça aussi, ça a le droit d’exister sur…
Le manuscrit maudit que je ne publierai jamais…
Et pourtant, il est plus vivant que tout ce que j’ai écrit. Il dort dans un dossier crypté. Un nom anodin : roman 4. Personne ne le lit. Personne ne le lit encore. Et parfois, je me demande si moi-même, je ne le lis pas à moitié. Ce manuscrit, je l’ai commencé un soir où j’aurais dû dormir. Tu sais, ce genre de nuit sans rêve, où la fatigue se mêle à la lucidité comme le poison au miel. Il ne devait être qu’un exutoire, un jet brutal, un cri intérieur. Il est devenu… autre chose. Un miroir malveillant. Un pacte. Un piège. Il dit la vérité. C’est bien ça,…